Un jeune éditeur nommé « Roboto » fait des merveilles en exhumant des pans méconnus du cinéma japonais. Deux sorties récentes plongent dans le cinéma de yakuzas, peinture des sociétés criminelles, de leurs rivalités, de leurs règlements de comptes. La saga du « Vaurien » (1968-1969), œuvre collective, puis l’explosif Guerre des gangs à Okinawa (1971), du grand Kinji Fukasaku (1930-2003), ont marqué deux étapes importantes dans l’évolution du genre, depuis ses origines chevaleresques (baptisé « ninkyo-eiga », axé sur les conflits de loyauté), vers un gangstérisme moderne de plus en plus rapace et décomplexé.
Produit par la société Nikkatsu, qui n’avait pas son pareil pour flairer l’air du temps, « Le Vaurien », série de six films sortis en l’espace d’un an, entre 1968 et 1969, croise le traditionnel ninkyo-eiga aux représentations plus modernes de la jeunesse délinquante, en une nouvelle veine baptisée « New Action ».
Inspiré de l’autobiographie de Goro Fujita (1931-1993), ancien membre de la mafia japonaise reconverti dans le journalisme, le personnage est un yakuza au grand cœur mais au bras inflexible, enfant de l’après-guerre poussé par la faim et la pauvreté dans les bras de la marginalité. Popularisé par Le Vagabond de Tokyo (Seijun Suzuki, 1966), le jeune Tetsuya Watari (1941-2020) lui prête son minois poupin et renfrogné, et sa façon très iconique de jeter son blouson en cuir sur l’épaule.
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