La maison est perdue au milieu des montagnes géorgiennes, au bout d’une route de cailloux où déambulent les cochons et les poules. C’est ici que vivent Vaja Tamarachvili, 76 ans, et sa femme, Makvala Tchitichvili, 67 ans. Ce couple d’agriculteurs est le seul à ne pas avoir fui leur hameau, Tamarani, à deux pas de la ligne de démarcation avec la région séparatiste d’Ossétie du Sud, occupée par les troupes russes depuis la guerre entre la Géorgie et la Russie, en août 2008. Le conflit avait fait 850 morts et 127 000 déplacés en cinq jours, et entériné la perte de cette province séparatiste prorusse ainsi que de l’Abkhazie, l’autre région indépendantiste, soit 20 % du territoire géorgien.
Le vieil homme, casquette à imprimé camouflage sur la tête, montre du doigt la crête de la montagne : « Leurs soldats sont juste là, on les aperçoit souvent. » Depuis quelques années, le couple ne s’aventure plus dans la forêt menant jusqu’au sommet, même quand leurs vaches s’y égarent : la ligne de démarcation n’étant pas délimitée dans cette zone, les militaires russes avancent souvent bien au-delà, semant la terreur parmi la population. « Vous voyez ces villages ? Seize personnes y ont été kidnappées, raconte Makvala Tchitichvili, en montrant les habitations environnantes. Les Russes peuvent venir ici à tout moment, c’est effrayant. »
La guerre hybride que mène la Russie en Géorgie n’a jamais cessé depuis la fin du conflit. Enlèvements, détentions arbitraires, occupation rampante et violations des droits de la population géorgienne sont « systémiques », selon le dernier rapport annuel du défenseur géorgien des droits. En 2025, 72 personnes ont été capturées près de la ligne de démarcation et emprisonnées, dont huit enfants, précise le document.
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