Le procès se tiendra huit ans et demi après les faits. Le policier soupçonné d’avoir lancé la grenade ayant éborgné une des figures du mouvement des « gilets jaunes », Jérôme Rodrigues, sera jugé devant la cour criminelle de Paris, du 28 juin au 2 juillet 2027, a appris l’Agence France-Presse (AFP), vendredi 31 juillet, auprès des deux parties. Brice C., qui sera jugé pour violences volontaires ayant entraîné une mutilation, encourt quinze ans de réclusion criminelle.
« Ce procès constituera le premier grand procès des violences policières (…) subies par les “gilets jaunes” », ont souligné Jérôme Rodrigues et son conseil, Arié Alimi, dans un communiqué, estimant que ce procès a mis trop de temps à se tenir. « Un délai d’une telle ampleur est exceptionnel », ont-ils dénoncé, interrogeant « la capacité de notre justice à apporter, dans un temps raisonnable, une réponse à des faits d’une gravité extrême ».
M. Rodrigues a été grièvement blessé le 26 janvier 2019 lors d’une manifestation tendue de « gilets jaunes », place de la Bastille à Paris, où intervenait Brice C. en tant que membre d’une compagnie d’intervention (CSI). A l’issue de leur enquête, les juges d’instruction ont écarté la légitime défense, concluant que « le groupe au sein duquel évoluait Jérôme Rodrigues n’était pas violent ».
Mais la défense du policier avait fait appel, invoquant une « riposte » du fonctionnaire « à des jets de projectiles ». En février, la cour d’appel de Paris a confirmé le renvoi du policier.
« Il résulte des pièces et de l’instruction » des « charges suffisantes » contre le suspect d’avoir « volontairement commis des violences » avec « une grenade de désencerclement » sur M. Rodrigues, provoquant « la perte définitive de l’usage de son œil droit », avait alors expliqué une source judiciaire.
« Etape judiciaire majeure »
« Je considère que l’audience d’instruction n’a pas été menée avec tout le sérieux requis et je ne doute pas que nous arriverons à prouver au juge que notre client ne peut être tenu pour responsable de ce qui est malheureusement arrivé à Jérôme Rodrigues », a déclaré à l’AFP Gilles-William Golnadel, qui plaidera aux côtés de Sébastien Journé.
« En réalité et contrairement à ce qui est affirmé, il y avait bien des jets de projectiles là où Brice C. a lancé la grenade. Les vidéos qui seront montrées l’établiront », a-t-il ajouté.
M. Rodrigues a affirmé avoir reçu « des éclats d’une grenade explosive GLI-F4 lancée à ses pieds par un policier, alors que la scène était parfaitement calme et sans péril ». Il a fait état d’une « mutilation irréversible » avec des conséquences « particulièrement lourdes puisqu’il n’a pu reprendre son travail de plombier », et ce en raison « d’un maintien de l’ordre brutal, d’un lancer de grenade illégal ».
Selon lui et Me Alimi, le procès marquera « une étape judiciaire majeure pour l’ensemble des victimes des violences commises pendant le mouvement des “gilets jaunes”, qui attendent depuis des années que les responsabilités soient enfin débattues publiquement devant une juridiction pénale ».