L’Association nationale de police judiciaire (ANPJ) a dénoncé, dimanche 9 août, « l’hypocrisie » et « la trahison » de Gérald Darmanin, garde des sceaux mais aussi ancien ministre de l’intérieur, après son courrier adressé à son homologue de l’intérieur, Laurent Nuñez, dévoilant les graves défaillances des services d’enquête dans la prise en compte des violences faites aux mineurs.
« Ces constats et alarmes sont justifiés », souligne l’ANPJ dans un communiqué, ajoutant : « C’est bien son propre bilan de ministre de l’intérieur que l’actuel ministre de la justice torpille aujourd’hui. »
Dossiers « fantômes », enquêtes à l’abandon ou perdues, manque d’effectifs et de formation : dans une longue note datée du 29 juillet, révélée samedi par Le Monde, Gérald Darmanin synthétise à Laurent Nuñez les remontées d’informations établies par les parquets généraux sur ce contentieux devenu la priorité de son ministère depuis la vague d’indignation provoquée par l’affaire Lyhanna.
Cette collégienne de 11 ans avait été retrouvée morte en juin dans le Gers, le principal suspect de sa mort, Jérôme Barella, mis en examen pour viol et meurtre d’une mineure, avait fait l’objet de plusieurs plaintes pour violences sexuelles sur des mineures sans être inquiété.
Un « déficit alarmant d’enquêteurs »
« Dans ce rapport, Docteur Darmanin, ministre de la justice, se livre à un exercice d’inventaire des lacunes des services de police judiciaire du ministère de l’intérieur, si longtemps occupé par Mister Gérald, resté place Beauvau plus de quatre ans, soit plus qu’aucun de ses prédécesseurs depuis cinquante ans », cingle l’ANPJ.
Le ministre « dénonce à raison aujourd’hui le déficit alarmant d’enquêteurs, y compris dans les unités spécialisées, et l’accumulation de procédures en souffrance », poursuit l’association, qui regroupe des enquêteurs de la PJ chargés de la délinquance de haut spectre (criminalité organisée, financière, etc.), hostiles à la réforme de la police menée en 2024.
Le garde des sceaux a publié, dimanche, sur X, un courrier de 3 pages envoyé, selon lui, à Laurent Nuñez ainsi qu’à la ministre de la santé et des familles, Stéphanie Rist, « pour que nulle fake news n’existe ». Ce courrier résume, d’après le ministre, la note de 12 pages dont le contenu a été révélé par le Monde.
« Personne n’a créé autant d’effectifs aux policiers et aux gendarmes (plus de 8 000 !), donné autant de moyens, sous l’autorité du président de la République, et s’est intéressé autant à la protection des mineurs que lors de mon passage à l’intérieur voilà deux ans », se défend-il dans un message sur ce réseau social.