Culture

Hedwig Fijen, fondatrice de la biennale Manifesta : « L’art peut vraiment jouer un rôle de signal d’alarme »

Hedwig Fijen, fondatrice de la biennale Manifesta : « L’art peut vraiment jouer un rôle de signal d’alarme »

La charismatique fondatrice néerlandaise de Manifesta, qui a bâti la biennale d’art contemporain depuis trente ans dans des territoires toujours différents, en dialogue avec les structures politiques locales, dirige sa dernière édition dans la Ruhr, en Allemagne, jusqu’en octobre. Pour la prochaine édition qui s’implantera à Coimbra, au Portugal, en 2028, elle passe la main à son bras droit, Emilia van Lynden, qui devient directrice générale, et à l’Australienne Catherine Nichols en tant que directrice artistique.

Quel bilan tirez-vous des trente années à la tête de Manifesta ?

Ce fut un parcours en dents de scie, très éprouvant. Je pense qu’au moment où j’ai lancé Manifesta, il n’y avait pas une telle urgence à travailler sur l’Europe, on ne parlait que de mondialisation. Aujourd’hui, avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie et la guerre, nous assistons à une montée de la droite radicale partout − en France, aux Pays-Bas, en Allemagne, alors même que nos alliés transatlantiques se sont éloignés.

Notre principe est toujours d’observer l’Europe à travers le prisme d’une ville ou d’une région donnée, et d’examiner ce que l’Europe peut incarner et rendre possible. Partout, la société est sous pression, la confiance envers la politique s’érode, la désinformation et la polarisation se généralisent. Ma génération croyait que la paix y serait éternelle.

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