Peut-on progresser dans la prise en compte des enfants victimes de violences sexuelles sans poser la question de la prise en charge des auteurs de ces violences – au-delà du strict volet judiciaire ? Prendre à bras-le-corps un phénomène reconnu comme systémique, qui touche 160 000 mineurs chaque année, selon la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), sans s’emparer de l’enjeu, sensible, de l’accompagnement médical des pédophiles ?
Alors que l’émotion suscitée par le meurtre de Lyhanna, collégienne de 11 ans, fin mai, ne retombe pas, les professionnels de santé engagés dans des dispositifs de suivi et de surveillance plaident pour qu’un autre champ de l’action publique ne soit pas laissé dans l’ombre : celui de la prévention. « Elle est, en dehors de la réponse judiciaire, un levier essentiel sur lequel on peut miser pour éviter le passage à l’acte, insiste Florence Thibaut, professeure de psychiatrie à l’hôpital Cochin à Paris (Assistance publique-Hôpitaux de Paris, AP-HP) et à l’université Paris-Cité, qui travaille depuis quarante ans sur le sujet. Oser communiquer en direction de ces hommes – car ce sont des hommes, dans l’immense majorité des cas, qui sont attirés par des enfants –, soutenir des dispositifs de soins, promouvoir des programmes de recherche, ce n’est pas pathologiser des criminels, comme on le reproche parfois aux psychiatres. C’est d’abord et avant tout mieux prévenir l’apparition de potentielles victimes. »
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